Problèmes digestifs chroniques et prurit généralisé chez un Cavalier King Charles

Chien - femelle - 3 ans - 8,1 kg

Anamnèse

Chienne vue pour un second avis suite à des problèmes digestifs chroniques (diarrhée sans perte de poids et avec conservation d’un bon état général) et prurit généralisé depuis 1 an.

Prise de sang complète dont :
  • bilan maldigestion, malabsorption, biochimie, NFS, acides bilaires, cortisol pré et post-stimulation : tout normal
Endoscopie digestive avec biopsie du colon :
  • mise en évidence des germes ayant été traités avec du Sultrian pendant 15 jours et de la salazopyrine
  • pas d’amélioration et traitement assez mal supporté avec vomissements et dysorexie
Métronidazole sur une dizaine de jours :
  • nette amélioration des selles et arrêt du prurit, puis rechute de la diarrhée
– Traitement de 4 mois avec Pro-Kolin : rechute du prurit

– Mise sous croquettes HA (différents types) : pas d’amélioration

Examens cliniques à l'arrivée

En consultation chez nous :

– Chienne en forme, poids bon

Prurit généralisé, sans signes de douleurs au cou

– Antécédents d’otite externe mais rien ce jour

– Pattes et lèvres ok –  à jour APE et API – mais lésions chroniques sur le pourtour vulvaire et au niveau des ars

Scotch test sur le pourtour vulvaire et les ars : rares malassezia, mais plusieurs colonies de coques et de bacilles, pas de PNN

Questions

Je suis tentée de remettre sous antibiotiques par voie générale pour gérer les surinfections mais j'hésite à cause du digestif et du risque de perturber à nouveau la flore.

Un antibiotique en particulier serait-il plus adapté ? Cephalosporine ? Metronidazole ?

Faut-il tenter une ration ménagère avec régime d'éviction ?

DERMATOLOGIE | ALIMENTATION | MÉDECINE INTERNE

DV Thomas Brément

Expert : Otologie, Dermatologie

Diplôme : European College of Veterinary Dermatology (ECVD)

Bonjour,

Je pense que l’hypothèse de dermatite atopique est très probable avec une composante alimentaire.

Concernant les aliments tentés, il faut davantage de précisions (type de protéines hydrolysées ? Degré dhydrolysat ? Durée des régimes ? Distribution stricte ou avec des “à cotés ” etc…).

La présence de lésions érythémateuses er lichenifiees en région vulvaire et axillaire, antécédents d’otite et prurit généralisé est typique d’une dermatite atopique.

Pour les surinfections, je recommande plutôt la mise en place de soins antiseptiques (association shampoings et sprays) et rehydratants très réguliers plusieurs fois par semaine jusqu’à guérison, pour éviter autant que possible le recours aux antibiotiques et il faut gérer la côte inflammatoire et prurigineux avec un traitement adapté (corticoïdes ou inhibiteurs de JAK) pour stabiliser la chienne avant d’initier si nécessaire un nouveau régime d’éviction bien mené (protéines hautement hydrolysées, 2-3 mois stricts etc… voire ration ménagère évitant toute source protéique déjà rencontrée mais attention aux réactions croisées potentielles).

Bien sûr, tout cela doit se faire sur fond de traitement antiparasitaire bien mené (ici, les précisions sont insuffisante pour s’en faire une idée : molécule ? Fréquence ?…) à vérifier (privilégier la voie orale mensuelle car des soins topiques réguliers vont limiter l’efficacité des pipettes).

En espérant t’avoir aidée pour maintenir une démarche correcte. Sinon, ne pas hésiter a référer à un spécialiste en dermatologie pour faire un point complet en consultation.


Bien confraternellement
DV Thomas Brément

Bonjour, 

Voici le retour de la propriétaire : 

Themys a eu de l’Apoquel pendant 2 mois sans aucun résultat, puis a reçu 3 injections de Cytopoint avec peu d’amélioration. Le grattage persistait. Après la dernière injection, aucune différence n’a été observée. Quinze jours plus tard, Themys a commencé à présenter des épisodes de selles liquides chroniques. J’ai l’impression que cette injection a pu diminuer ses défenses immunitaires, ce qui lui a fait attraper une bactérie. 

Themys a fait une allergie à des croquettes Lupovet au poulet ; auparavant, elle ne présentait aucun problème de grattage. Sur conseil du vétérinaire précédent, je lui donne du Hill’s hypoallergénique, mais elle mange très peu. Une autre vétérinaire a proposé une ration ménagère à base de poisson blanc (colin). L’appétit est bon, mais le prurit persiste. Je n’ai jamais donné de friandises pendant les périodes d’éviction. Les essais ont duré 6 semaines.

Un vétérinaire spécialisé en dermatologie a conseillé d’arrêter les rations ménagères et de passer au Sanalio + colin. Pendant un an, malgré un régime strict, nous avons essayé différents soins locaux : bains hebdomadaires avec Douxo (rose, orange, vert), lessive adaptée aux peaux sensibles, sprays apaisants… sans résultat. Puis Apoquel et Cytopoint ont été testés, avec peu d’effet, mais avec apparition de diarrhée chronique.

La propriétaire insiste sur le fait que le Metrobactin a été “miraculeux” :

– disparition rapide du prurit,

– repousse du poil,

– normalisation des selles.

Autres éléments intolérance sévère à la salazopyrine (vomissements importants) et prurit accentué au moment de la défécation.

Je serais donc tentée de remettre en place une antibiothérapie générale.

DV Thomas Brément

Expert : Otologie, Dermatologie

Diplôme : European College of Veterinary Dermatology (ECVD)

Le problème semble effectivement reposer sur une dysbiose intestinale, possiblement secondaire à un état inflammatoire chronique.

Le métronidazole possède des effets anti-inflammatoires et immunomodulateurs, ce qui peut expliquer son efficacité à la fois sur les signes digestifs et cutanés.

En accord avec mon confrère interniste, j’opterais plutôt pour une approche anti-inflammatoire :

  • glucocorticoïdes
  • voire ciclosporine selon l’évolution.

En parallèle, il serait pertinent de moduler l’inflammation digestive (psyllium, par exemple).

 Nous ne sommes pas à l’abri de trouver une alimentation qui lui convienne, éventuellement enrichie en probiotiques.

Je réserverais l’antibiothérapie en dernière intention.

 Concernant la peau, je recommanderais de réaliser une nouvelle cytologie afin d’adapter les soins locaux si nécessaire.

 Bon courage dans la gestion de ce cas complexe.

Quelques nouvelles :

J’ai finalement cédé à la demande insistante de la propriétaire concernant les antibiotiques… Le métronidazole n’a eu aucun effet.

Nous avons donc arrêté au bout d’une semaine et instauré du Synulox pendant 3 semaines, associé à une corticothérapie dégressive.

-> Amélioration cutanée nette et rapide ; cytologie de contrôle satisfaisante.

-> À l’arrêt des antibiotiques et à la diminution de la cortisone : rechute du prurit.

 Sur le plan digestifbonne stabilité, sans diarrhée, sous ration ménagère classique (équilibrée mais sans éviction).

Nous avons réaugmenté la cortisone :  Envisageriez-vous la ciclosporine sur le long terme ? Ou éventuellement Numelvi / Zenrelia ? L’Apoquel n’avait pas donné de résultats probants précédemment (contexte incertain).

Merci pour votre retour.

DV Lorris LECOT

DV Lorris Lecot

Expert : Médecine interne

Diplôme : Résident ECVIM-CA (European College of Internal Medicine)

Bonjour,

Concernant la diarrhée chronique, l’ensemble du tableau est en faveur d’une entéro-colopathie inflammatoire chronique.

La prise en charge peut reposer sur :

  • des modifications alimentaires,
  • et/ou la mise en place d’immunosuppresseurs.

 La modulation du microbiote ne semble pas particulièrement efficace dans ce cas précis.

Même après plusieurs échecs, une alimentation adaptée peut encore être identifiée. Les essais doivent être stricts, sans aucun écart, et sans contact avec d’autres sources alimentaires (conserver l’aliment dans son emballage d’origine).

La ration ménagère est une excellente option chez ce chien difficile.

Un essai de psyllium (ex : 1 cuillère pour 10 kg/jour) peut être intéressant en cas d’atteinte colique.

En cas d’échec :

→ corticothérapie (2 mg/kg/j puis décroissance).

Malgré une coproscopie négative, je recommande un traitement au fenbendazole.

Les antibiotiques ne sont pas recommandés dans ce contexte :

  • risque de déséquilibre du microbiote,
  • pas d’antibiotique “moins délétère”. 

Bonne idée pour le Vivomixx.

Questions

Dans ce contexte, si la propriétaire souhaite rester sur une ration ménagère :
→ une option gibier / autruche serait-elle pertinente en régime d’éviction ?
→ avec pomme de terre ou tapioca ?

ALIMENTATION

DV Marta Hervera

DV Marta Hervera

Expert : Alimentation

Diplôme : European College of Veterinary and Comparative Nutrition (ECVCN)

Bonjour,

En première intention, je privilégierais un aliment vétérinaire à base de protéines hydrolysées, dans le cadre d’un test d’éviction strict.

En présence de signes digestifs, une formule pauvre en matières grasses peut être intéressante.

Concernant la ration ménagère :

  • utiliser des ingrédients réellement inédits (gibier, autruche ?),
  • choisir également une source de glucides nouvelle (tapioca ?),
  • disposer d’une anamnèse alimentaire détaillée.

Pour la supplémentation, il faut privilégier des produits sans levure (ex : Vet Integra).

Attention aux compléments et médicaments aromatisés.

 Bien à vous.

Questions

Historique des traitements antiprurigineux :
- Apoquel durant 10 jours → inefficace
- Cytopoint en 2 injections → inefficacité


Actuellement, amélioration de l'état sous antibiotiques et corticoïdes, mais rechute à la diminution des corticoïdes. La cytologie cutanée est correcte.


Faut-il privilégier la ciclosporine ou alternatives (Numelvi, Zenrelia) ?

DERMATOLOGIE

DV Thomas Brément

Expert : Otologie, Dermatologie

Diplôme : European College of Veterinary Dermatology (ECVD)

Bonjour,

La ciclosporine me paraît être la molécule la plus adaptée au vu de la composante inflammatoire décrite.

Elle devra être utilisée comme traitement de fond, avec une adaptation progressive de la dose et/ou de la fréquence afin d’atteindre la dose minimale efficace.

Bien confraternellement,
DV Thomas Brément