Utilisation d'anesthésiques pour une obstruction urétrale

Chat - mâle - 5 ans

Anamnèse

Cas d’obstruction urétrale chez un chat de 5 ans. Mise en place d’un protocole anesthésique avant la pose d’une sonde urétrale.

Questions

Concernant le protocole anesthésique à utiliser avant la pose d'une sonde urétrale, quelles sont les molécules à éviter en préopératoire, peropératoire et postopératoire ?

Que recommandez-vous comme anesthésiant ?

Faut-il réaliser un bilan biochimique préopératoire de manière systématique (créatinine, urée, potassium) ?

ANESTHÉSIE | MÉDECINE INTERNE

DV Tristan Merlin

DV Tristan Merlin

Expert : Anesthésie et Analgésie

Diplôme : European College of Veterinary Anaesthesia and Analgesia (ECVAA)

Bonjour,

L’issue et la fréquence des complications de ce type de cas dépendent principalement de la présentation clinique, de la sévérité de l’obstruction et de sa durée.

À l’admission, je recommande systématiquement de réaliser un bilan biochimique avec, au minimum, un hématocrite/temps de prothrombine, créatinine, urée, ionogramme (avec calcium ionisé si possible) et glycémie. Cela permet d’évaluer le degré de déshydratation (ce qui peut déterminer le besoin de fluides avant le sondage), de gérer l’hyperkaliémie avant l’anesthésie (y compris le risque d’hypoglycémie avec l’insuline ou le risque d’hypercalcémie), et de monitorer la réponse post-opératoire au sondage. En effet, un polyurie réflexe est fréquemment observé et les valeurs de kaliémie ou de natrémie peuvent chuter très rapidement après l’intervention.

En termes de molécules anesthésiques, les alpha-2 sont à proscrire, notamment en raison du risque d’hyperkaliémie associé. L’acepromazine est également un choix difficile à justifier, car elle peut induire une hypotension prolongée, notamment en cas d’hypovolémie pré-existante.

Une prémédication avec un opioïde (agoniste mu, sans butorphanol) est donc la meilleure option. Pour l’induction, je recommande le propofol ou l’alfaxalone, qui sont efficaces et permettent d’éviter une hypotension pendant la phase d’induction. En relais, l’isoflurane peut être utilisé, mais toujours avec prudence.

L’ajout d’une épidurale sacro-coccygienne avec lidocaïne est une excellente option.

Le monitoring est essentiel, quelle que soit la durée de l’acte. Le potassium a tendance à augmenter rapidement après l’induction, il est donc important de surveiller l’ECG, la pression artérielle, la capnographie et la température.

J’espère que cela répond à vos questions !

DV Julien Bazelle

Expert : Médecine interne

Diplôme : European College of Veterinary Internal Medicine – Companion Animals (ECVIM-CA)

Bonjour,

Concernant l’analgésie :

L’injection de lidocaïne dans l’urètre ou la vessie après désobstruction semble inefficace pour contrôler la douleur et les spasmes. De plus, il existe des inquiétudes concernant une absorption systémique en raison de l’inflammation vésicale et de la perte des défenses locales.

Je recommande d’éviter les AINS en post-obstruction, même si l’azotémie se normalise. Ces animaux ont subi des lésions rénales aiguës et sont en période de récupération, l’utilisation de produits néphrotoxiques étant contre-indiquée.

La biochimie, incluant les électrolytes, est toujours recommandée avant de procéder au sondage, ou dès que l’état du chat le permet. Il est également important de suivre régulièrement ces valeurs. La plupart des chats développent rapidement une hypokaliémie post-obstructive après l’hyperkaliémie initiale.

Questions

Peut-on faire du Midazolam ou du Zoletil ou autre myorelaxant afin de mettre un cathéter dans de "bonnes conditions" avant le sondage ?

ANESTHÉSIE | MÉDECINE INTERNE

DV Tristan Merlin

DV Tristan Merlin

Expert : Anesthésie et Analgésie

Diplôme : European College of Veterinary Anaesthesia and Analgesia (ECVAA)

Le midazolam ou le diazépam peuvent théoriquement aider à la myorelaxation, mais dans la pratique, mon expérience a souvent été décevante.

Concernant le Zoletil, mon expérience est limitée, mais je serais prudent quant à son utilisation. Chez le chat, la kétamine (et probablement la tilétamine) est excrétée sous forme native ainsi que son produit de dégradation, la norkétamine. Si une insuffisance rénale est présente, la demi-vie est prolongée en raison de la recirculation, ce qui augmente les effets secondaires. Je recommande donc une grande prudence avec son utilisation.

Je privilégierais une épidurale sacro-coccygienne avec de la lidocaïne, qui est simple à réaliser et très efficace.